Vision 2053: une approche nationaliste du gâchis haïtien
Écrit par le docteur Harry-Hans François, Ph.D., N.D., Dip-CFC.,
LMHC
Automne 2002 Version revisée
Publié antérieurement dans le Floridien, numéro du 16 novembre
2002
Nous sommes aujourd'hui au mois de novembre de l’année 2002, et
mon pays natal, Haïti, semble connaître des moments économiques
et politiques très difficiles; si ce n’est même pas les moments
les plus critiques de son histoire (199ans) de peuple libre. On
comprend alors qu’il n’existe pas actuellement des rapports de
statistiques précis pouvant appuyer mon opinion sur cette
situation amère et même honteuse. Néanmoins, on peut tout de
même utiliser les quelques minces documents publiés par l’Organization
des Nations Unies (ONU) et celle des États Américains (OEA) si
on veut répandre la lumière sur cet actuel gâchis.
Les méthodes d’investigation ou les rapports de thèse axant sur
la situation misérable du pays varient fortement parmi les
différents experts bien que personnellement je les perçois comme
étant les conséquences ou les fruits amers des diverses
stratégies politiques, commerciales, inefficaces clairement
entreprises par les gouvernements successifs de ces deux cent
dernières années. Conséquemment, la plupart des phénomènes
sociaux observés au cours des ans s’étendent du fatalisme
culturel, des résultats de projets de gouvernement à courts
termes pour enfin aboutir à l’intolérance sociale ou même
cynique détenue envers l’un l’autre, que ce soit à l’intérieur
ou à l’extérieur du pays. En effet, cette attitude belliqueuse
n’est autre que le résultat de notre propre agrégation de
fausses classes sociales; bien sûr pratiquée depuis avant la
première occupation étrangère du pays.
Pourtant nous tenons fiévreusement et fièrement d’une main le
symbole de la torche de la “Première République Noire du Nouveau
Monde”, et de l’autre main, le "titre du pays le plus pauvre",
revenu per capita considéré, de l’hémisphère occidental. Ceci
dit et prouvé par les experts, on comprend alors qu’en cette
nouvelle année (2003) qui approche, le temps est enfin arrivé
pour nous questionner nous-mêmes au sujet des erreurs du passé
afin de pouvoir mettre en perspective des politiques
stratégiques objectives qui seront bénéficiaires à la population
du pays.
Les haïtiens doivent, en tout premier lieu, instaurer chez eux
la coutume de la tolérance sociale qui n’est autre que le
consentement et la résolution d’accepter, de respecter, et enfin
de compter sur l’un l’autre sans se soucier de l’appartenance et
des sensibilités sociales d’un autre frère. Ils doivent ensuite
comprendre que leur pays n’est autre qu’une petite, quoique
importante, partie des autres sociétés commerciales
interdépendantes du monde. D’ailleurs, la chute des murs de
Berlin-Est en l’année 1989 et ses conséquences sur les échanges
commerciaux et la politique internationale clairement supportent
cette thèse puisque tout
se voit globalement à présent.
Cependant, on observe de préférence, en cette fin d’année
2002, une sorte de décalage ou plutôt de déception continue dans
les affaires patrimoniales haïtiennes – en effet, une décadence
totale des valeurs sociales et politiques d’antan. Et analysées
dans un contexte socio-anthropologique, les évidences observées
m’incitent à arguer que les leaders haïtiens n’ont pas pensé, au
cours des ans, à mettre sur pieds ou installer des institutions
et des infrastructures solides et sérieuses – publiques ou
privées – pour pouvoir répondre aux tendances sociopolitiques
ou aux autres besoins procréés par le temps. Et en fin de
compte, on peut clairement observer le déplaisir ou le
mécontement parmi presque tous les segments de la société
haïtienne.
Comment
peut-on parler de coutumes démocratiques quand
la majorité
de toute une population paraît être angoissée ou du moins
agonisée pendant les 3/4 de temps de son histoire de peuple
libre? Comment peut-on parler d’évolution sociale quand certains
agents d’état, au mépris de tous les yeux du monde, se
permettent de rouler à tout de champ des voitures de grand luxe
sur des amas de poubelle puante, de morceaux de bouteille ou de
feraille sans même penser à l’image des rues du pays aux yeux
des observateurs, à la santé communautaire voire même aux
messages négatifs lancés par ces conditions insalubres? En
revanche, la démocratie, quelque soit sa forme ou le contexte
géographique implanté, n’offre seulement ses garanties qu’avec
la complicité de ces genres d’entités cités plus haut puisqu’en
retour elles favorisent des voies d’emploi, de l’harmonie ou
d’entente sociale, de l’éducation basique, et enfin des voies
sanitaires et des endroits salubres d’amusement pour la
population – quelque soit l’appartenance sociale et la
sensibilité politique de l’individu.
En effet, la création et l’implantation, en Haïti, des
politiques axées sur des principes-directeurs démocratiques
parviendront à diminuer progressivement et périodiquement un bon
nombre d’attitudes rétives(récalcitrantes) tels que le
parasitisme, le ressentiment amer retenu envers nos propres
frères, les tensions sociales périodiques, les diverses formes
de déification, et enfin la probabilité des futures déchouquages
voire même la possibilité d’une guerre civile. Ces dites
tendances font partie intégrale des expectatives normatives de
toutes les sociétés respectueuses démocratiques du monde. Ainsi
on peut conclure que l’absence ou la carence des politiques de
base au pays semble supporter l’idée du fatalisme culturel qui a
été et reste encore les phénomènes de contact observés instillés
chez la grande majorité des haïtiens; qu' ils vivent en terre
étrangère ou au pays.
Assez souvent les haïtiens expriment les sentiments de honte,
d’angoisse, et parfois même de désespoir quand on les questionne
sur le futur de leur terre natale. Beaucoup d’entr’eux affirment
qu’aucun de ces soit-disants leaders du terrain est donc motivé
à faire vancer le pays. Vrai ou faux, nous devons présentement
faire de notre mieux pour nous engager dans la coutume de la
dialectique axant sur l’idée de rejeter nos propres coutumes
illusoires. Ce qui nous permettrait, du même coup, d’adresser
objectivement nos vrais problèmes. Nous devons ainsi réaliser
que nos genres de monologues coutumiers nous ont legué les
tendances pathologiques suivantes: 1) l'auto-discrimination, 2)
sûrement la création d’une pseudo classe intellectuelle voire
même parfois zombifiée, 3)l’émigration vers l’étranger d’un
grand nombre de nos concitoyens, 4) et enfin le sentiment de
désespoir chez les démunis/infortunés et surtout chez les gens
qui ne peuvent pas s’envoler vers l’étranger. J’envisage que
cette nouvelle année soit les premiers jours de cette nouvelle
politique de réconciliation et même d’empathie envers l’un
l’autre. Nous pouvons aussi essayer d’être plus modérés et
humbles envers l’un l’autre, et ceci dans le but de regagner nos
sentiments de fierté et de moralité d’antan. J’imagine aussi que
la course à ces nouveaux objectifs sera très bénéficiare à la
bonne marche du pays.
Je pense aussi que les haïtiens doivent tous mettre les mains
dans la patte en commençant par nettoyer leur propre maison. Je
veux parler des coutumes archaïques pratiquées dans le domaine
des affaires politiques et des échanges commerciaux. Alors on
comprend que les haïtiens ne font que se dénaturer quand, au
lieu de se juger eux-mêmes, ils accusent leurs voisins d’avoir
boycotté leurs programmes de fiscalité, de socioéducation, voire
même leurs coutumes de mauvaise administration de programmes
gouvernementaux pendant que les possibilités de résolution
peuvent être trouvées chez eux. Ainsi, je rêve que mes frères
conscients et conséquents d’outre-mer peuvent se couder les
mains aux courtiers sérieux ou nationalistes du pays pour
pouvoir apporter leur support quelconque aux besoins du pays.
Nous devons, en fait, nous bander ensemble -- têtes, âmes,
volonté, compétence et humilité – pour viser une seule cible.
Conséquemment, un projet multilateral de 50 années de sphère et
de vision s’avère nécessaire et doit être aussi formulé dans les
prochains mois. Ainsi, il pourrait être intitulé: “Béatification
et Développement d’Haïti”.
La pauvreté et
ses phénomènes, observés en Haïti, ne sauraient seulement
expliquer par la faute ou la méchanceté des pays occidentaux
sans que nous, autres haïtiens, n’acceptons pas une grande
partie de ce jugement (verdict). Ce serait mal placé le
problème. Ainsi nous supportons aussi la même théorie
pathologique souvent utilisée par presque tous les autres
groupes minoritaires et irresponsables du monde, qui prétendent
toujours accuser les gens de l’extérieur, plus spécialement
leurs bailleurs de fonds, pour leurs sophismes politiques locaux
pendant qu’ils refusent de mettre de l’ordre dans leurs propres
affaires. En effet, il faut admettre que l’échec ou la
négligence des politiques successives gouvernmentales de
dessiner ou d’implanter des programmes sérieux à long termes en
éducation, irrigation, santé, économie, et enfin de promulguer
des lois transparentes sur les transactions commerciales paraît
être à la base de nos problèmes actuels. Vrai ou faux, il faut
trouver les causes profondes et les adresser le plus vite que
possible avant qu’il soit trop tard.
Les haïtiens
doivent, en urgence, s’asseoir ensemble dans le but de discuter
un projet structuré à long terme (au moins 50 ans), qui
incorporerait des composants démocratiques sérieux. En tout
premier lieu, ils doivent aussi s’éloigner ou bien sortir de
leurs boîtes d’excuses accoutumées pour pouvoir commencer à
travailler. Alors on comprend que le pays, comme tous les autres
pays du monde hormis l’Afrique et beaucoup de régions du Moyen
Orient, possède assez de rivières et de lacs qui, en fait, se
précipitent dans les mers environnantes au lieu vraiment de nous
servir. J’imagine que les courtiers du pays peuvent sûrement
utiliser cette ressource naturelle afin de construire des
installations agricoles et électriques.
On n’a pas bésoin d’être bons observateurs pour observer des
châteaux houillers de métal et de déchets puants à travers les
diverses rues de la capitale. Je suis certain que ces monceaux
de déchets pourraient bien rentrer dans la fabrication du papier
et de l’électricité. Nos courtiers peuvent aussi bien utiliser
ces piles de métal (vieilles voitures partout éparpillées) pour
pouvoir construire des industries métallurgiques. Ainsi on
comprend que l’implantation de ces deux initiatives, comme étant
un volet de notre projet à long terme, paraît très ambitieuse
voire même un peu osée. Néanmoins, elle nous aidera d’abord à
nettoyer un peu la capitale, puis à créer du travail, et enfin à
apporter une sorte de soulagement à notre système de santé
publique banqueroute.
En
économie, nos courtiers peuvent définitivement accomplir de
mieux. Ils doivent foncièrement s’engager dans les dynamiques de
cultivation et l’exportation structurée et objective dans le but
de réduire les conséquences de l’importation, du coût de la vie
quotidienne, et de celles du dollar américain. Cela se simplifie
ainsi: "plus on importe, plus qu’on a besoin du billet vert pour
garantir nos transactions internationales". Et puisque les ¾ de
nos consommations nous viennent des États-Unis d’Amérique, on
doit faire de notre mieux pour diminuer cette dépendance. Cette
dure réalité économique reste vraie pour le reste du monde. Et
ironiquement, c’est exactement ce que réclament les États-Unis
des autres pays étrangers. Leur politique économique et
internationale est ainsi formulée; ce pour contrôler les
ressources des autres et, du coup, lui permet d’accumuler ou
d’augmenter ses propres richesses.
Ainsi compris, il faut qu’aujourd’hui nous mettions en pratique
ou dessinions une politique économique de réplique, à notre
façon et selon nos ressources disponibles, qui nous permettrait
de sortir de ce gâchis économique actuel. Et on se demande:
pourquoi l'installation de près de 19 ministres supplantés par
des secrétaires/sous-secrétaires d'état et tant de directeurs
invalides au pays? J'imagine qu 'il existe des professionnels
compétents au pays qui peuvent bien bien remplir le portefeuille
de 2 ou 3 ministres ensemble; ce pour amincir le budget de
l'état. Si implanté, on pourrait bien économiser de l'essence,
des voitures, des frais mensuels et même des salaires inutiles.
J’ose même arguer qu’une bonne gérance ou administration de
cette nouvelle stratégie politique mettra fin momentanément au
style flic-flac du marché monétaire en cours au pays voire même
existant depuis des années.
En pratique, l’exportation du café, de la banane, du cacao, du
sucre brut, des mangos, des cérises, du maïs, des noix de coco,
des citrons, du vétiver, et enfin du rhum – tous des
merchandises vraiment en demande en Amérique du Nord et à
travers le reste du monde, pourrait grandement nous aider en
adressant les problèmes de la faim, du chômage, et
définitivement ceux du billet vert. En réalité, cette nouvelle
approche économique apportera le dollar américain dans nos
caisses au lieu de nous les enlever, car on importera moins de
la Dominicanie et des États-Unis. Aussi nous comprenons que
l’actuelle pratique nous poignarde profondément, car nous
observons nos frères qui s’engagent aveuglément dans
l’importation du sucre, de la banane, du ciment, du fer, des
oeufs, de la farine, et enfin du riz etc. pour survivre, et ceci
sans se soucier de ses conséquences néfastes de ces genres
d’échange sur l’économie du pays. J’ai même entendu qu’ils
préfèrent se rendre à Cuba, en République Dominicaine; ce pour
voir un docteur ou pour se détendre au lieu de construire ou
d’améliorer les centres hospitaliers et les lieux de séjour du
pays.
A la vérité, ces genres de sensibiltés sociales et d’approches
économiques ne sauraient apporter rien de positif à l’image du
pays, sinon que d’augmenter la pénurie de produits de
consommation, et du même coup, ajouter aux problèmes causés par
la demande constante du billet vert. Somme toute, nous devons,
quelque soit le sacrifice à faire et le prix à payer, nous
re-engager dans le business de l’agriculture afin de trouver une
porte de sortie de ce gâchis. Et j’imagine que tous les grands
acteurs de cette initiative – l’état haïtien, les fermiers
intéressés, et les commerçants (petits ou grands) peuvent et
doivent s’unir ensemble, dans la diversité, pour qu’ils puissent
récolter une moisson bonne et durable.
En économie encore, l’état haïtien doit immédiatement renverser
sa façon primitive d’encaisser ou de recouvrer la plupart de ses
dettes et de ses impôts. La méthode “d’encaissement ou de
recouvrement par espèces” pour des services rendus est donc
surannée, et doit être éliminée ipso facto. Elle ne fait
qu’encourager ou enrichir les bourses des “magouilleurs” et
celles des directeurs corrompus et impudents. Assurément, l’état
haïtien ne ramasse pas ce qu’il devrait empocher pour ses
services. A savoir aussi en imposant des politiques de fiscalité
archaïques, l’état haïtien ne fait qu’ouvrir la vanne aux
magouilleurs.
En revanche, un système de mandat financier (money order) ou
de chèque de direction, bien entendu vendu par les banques
d’état ou bien par les agents intéressés, simplifiera le
problème d’encaissement, et du même coup, remettra l’état en
charge de ses comptes recevables. Aussi un système de tarifs
fixes et classés sur des qualités, poids, quantités des
merchandises sera donc introduit au marché, puis enseigné à la
television ou radio au public et finalement posté en grande
manchette dans toutes les institutions de l' état haïtien.
L’état haïtien peut même introduire une nouvelle stratégie de
système d’impôt spécial sur les services de base tels que: la
sanitation, l’assaissinement et l’asphaltage des routes,
recrutement des simples polices, etc. pourvu que ces tarifs
soient justement imposés et appliqués.
En outre, les gens d’une localité donnée doivent recevoir
leurs services sur place au lieu de se voir obligés de se rendre
à Port-au-Prince pour quelque chose de simple. Je vous donne
garantie, chers lecteurs, qu’on verra la diminution du vol et
aussi celle la constante frénésie, de la part des corrompus ou
des durs, de devenir directeurs de bureau d’état dans les
prochaines années. Nous espérons que tout sera bien implanté et
la promulgation des lois transparentes accompagnées des
conséquences lourdes sur cette nouvelle initiative sera à la
portée de tous.
En pratique, le luxe ou le loisir, détenu par un directeur ou un
ministre d’état de pouvoir à lui seul lui accordant l'autorité
de débloquer des fonds à sa guise, doit être repensée, sinon
graduellement éliminée. L’état haïtien le fera par un corps
formé “d’auditeurs qualifiés” sérieux dont leur devoir serait
d’analyser un dossier donné, en son entier, avant d’y attacher
leur signature. Si tôt fait, ce dit corps ou comité aura le soin
de soumettre les documents appropriés à un autre “conseil
spécial” découlant de la Cour Supérieure des Comptes qui, après
étude et approbation des documents, fera un depôt à la Banque
d’État et au nom du département concerné. Personne, en
particulier ou à lui seul, ne sera autorisé à endosser ou à
encaisser cette somme en plein. Le déboursement se fera
petit à petit et seulement au moment où ce department concerné
aura à faire la solde des contracteurs approuvés pour fournir
les services requis. Des “auditeurs comptables” et “des
experts en supervision et en administration” seront
indépendemment désignés pour superviser la bonne ou mauvaise
marche des travaux visés. Ces experts auront aussi le devoir
de consulter avec les désignés du Cours Supérieur des Comptes en
vue de les aider à vérifier ou à balancer les deux comptes
(check & balance/vérification&balance).
Un autre groupe spécial découlant du bureau du premier ministre
peut facilement remplir les rôles du dernier arbitre en vue de
balancer l’autorité ou la gérance des autres groupes en
question. A la vérité, il s’agit d’un processus vraiment
bureaucratique assez rigide en soi-même, car la participation et
la sincérité de tout le monde seraient donc demandées et
exigées. Cependant, j’envisage beaucoup son importance car il
faut que l’état haïtien finisse par instaurer ou adopter un
système permanent de “Vérification et de Balances” dans ses
affaires. Comme çà, l’autorité d’un seul homme ou l’abus du
pouvoir peut-être examiné à fond par le système judiciaire, si
jugé nécessaire, car personne est au-dessus de la loi.
Enfin je rêve d’un temps où l’haïtien comprendra, percevra les
sentiments de ses frères, et acceptera ses propres concitoyens
comme étant aussi des êtres humains importants voire même comme
étant des fils et filles d’une seule terre. Alors, ces
statistiques tristes et hideuses sur notre petit pays que
publient nos détracteurs commenceront à se dissiper. Et nos
vieux ancêtres pourront bien sourire de leur tombeau.
Publié antérieurement dans le Floridien, numéro du 16 novembre
2002